Le désert marocain attire chaque année des milliers de randonneurs en quête d’aventure et de dépaysement. Marcher sur les dunes de sable fin, contempler des couchers de soleil flamboyants et bivouaquer sous un ciel étoilé représente une expérience unique qui demande toutefois une préparation minutieuse. Les ergs marocains, avec leurs formations dunaires impressionnantes et leurs conditions climatiques extrêmes, imposent des contraintes spécifiques que tout randonneur doit maîtriser. Contrairement à une randonnée classique en montagne, la marche dans le désert sollicite différemment votre organisme et nécessite un équipement adapté. La réussite de votre trek dépendra de votre capacité à anticiper les défis du terrain sablonneux, à gérer les ressources en eau et à comprendre les particularités de cet environnement fascinant.
Choisir son itinéraire dans l’erg chebbi et l’erg chigaga
Le Maroc compte deux principaux ensembles dunaires qui s’offrent aux randonneurs : l’Erg Chebbi près de Merzouga et l’Erg Chigaga accessible depuis M’Hamid El Ghizlane. Ces deux destinations présentent des caractéristiques distinctes qui influenceront directement votre expérience. L’Erg Chebbi, plus compact avec ses 22 kilomètres de long sur 5 kilomètres de large, propose des dunes atteignant jusqu’à 150 mètres de hauteur. Cette région est particulièrement adaptée aux premiers treks dans le désert, offrant une immersion progressive dans l’univers saharien tout en restant relativement accessible.
L’Erg Chigaga, plus vaste et plus sauvage, s’étend sur 40 kilomètres de long et 15 kilomètres de large, avec des dunes pouvant culminer à 300 mètres. Cette zone demande une meilleure condition physique et une expérience préalable de la randonnée en milieu désertique. La distance entre les points d’approvisionnement est plus importante, et vous croiserez moins de visiteurs, ce qui renforce l’authenticité de l’expérience mais augmente aussi les exigences logistiques. Selon les statistiques de 2023, l’Erg Chebbi accueille environ 70% des trekkeurs débutants, tandis que l’Erg Chigaga attire plutôt les randonneurs expérimentés.
Cartographie et navigation GPS dans le désert marocain
La navigation dans le désert marocain nécessite des outils spécifiques et une compréhension claire de leurs limites. Les cartes topographiques classiques montrent peu de détails sur les formations dunaires qui évoluent constamment sous l’effet du vent. Les applications GPS comme Maps.me ou Gaia GPS permettent de télécharger des cartes hors ligne détaillées, mais la précision reste approximative dans certaines zones reculées. Le système de coordonnées WGS84 est le standard utilisé pour le repérage dans le Sahara marocain.
L’utilisation d’une montre GPS multisport comme la Garmin Fenix ou la Suunto 9 Baro vous permettra de suivre votre progression et de marquer des waypoints importants. Cependant, ne vous fiez jamais exclusivement à la technologie : les batteries se déchargent plus rapidement sous la chaleur intense, et les tempêtes de sable peuvent perturber le signal. Un compas traditionnel et la capacité à lire le terrain restent des compétences essentielles. Les guides locaux utilisent d’ailleurs des repères naturels comme la forme des dunes,
la couleur du sable ou encore l’alignement des regs et des oueds asséchés. En pratique, vous combinerez souvent les deux approches : une trace GPS pour la sécurité, et l’observation du terrain pour rester réactif aux conditions réelles (dunes imprévues, zones ensablées, campements nomades, etc.).
Circuits balisés depuis merzouga et M’Hamid el ghizlane
Depuis Merzouga, plusieurs circuits plus ou moins balisés permettent d’explorer l’Erg Chebbi sans s’éloigner excessivement des pistes et des points d’eau. Les itinéraires les plus populaires suivent un arc de cercle au pied de la grande barrière de dunes, avec des boucles de 8 à 15 km idéales pour une randonnée dans les dunes marocaines à la journée. Les agences locales proposent également des treks de 2 à 4 jours combinant dunes, palmeraies et hamadas (déserts de pierres) pour une immersion progressive.
Au départ de M’Hamid El Ghizlane, l’ambiance est plus sauvage. Les circuits vers l’Erg Chigaga traversent d’abord de vastes plateaux caillouteux avant d’attaquer les grands cordons sableux. Les itinéraires classiques passent par des points repères comme Sidi Naji, les Dunes hurlantes ou l’Erg Zahar. Ici, la notion de “balisage” est plus diffuse : vous suivez avant tout la connaissance du guide, quelques cairns épars et les traces de caravanes. Pour un premier séjour, il est fortement recommandé de privilégier des circuits encadrés, surtout si vous partez au-delà de 2 jours d’autonomie.
Pour optimiser votre temps sur place, n’hésitez pas à combiner une journée d’acclimatation autour du village (Merzouga ou M’Hamid) avec un circuit plus engagé ensuite. Cette approche vous permet de tester votre équipement, d’ajuster votre gestion de l’eau et de valider votre niveau de confort avant de vous engager plus profondément dans les ergs marocains.
Durée optimale selon les formations dunaires : dunes de 150m vs 300m
La hauteur des dunes influence directement la difficulté de votre randonnée dans le désert marocain. Dans l’Erg Chebbi, avec des hauteurs avoisinant 120 à 150 m, des treks de 2 à 4 jours suffisent pour vivre pleinement l’expérience : ascension de grandes dunes au lever du soleil, traversées de cordons sableux et nuits en bivouac. Le dénivelé reste raisonnable et les étapes peuvent se limiter à 8-12 km par jour, soit 3 à 4 heures de marche effective.
Dans l’Erg Chigaga, les dunes pouvant atteindre 250 à 300 m, la donne change. La montée dans le sable sur ces géants demande un effort bien plus important, surtout avec un sac de 8 à 10 kg. Pour profiter sans subir, il est conseillé de prévoir au minimum 4 à 5 jours de trek, avec des étapes de 12 à 18 km modulées selon la chaleur. Plus les dunes sont hautes, plus les distances semblent trompeuses : ce qui paraît “tout proche” peut demander plus d’une heure de progression sur substrat meuble.
Une bonne règle consiste à adapter la durée de votre séjour à votre expérience de la marche : débutant ou marcheur occasionnel, 2 à 3 jours dans l’Erg Chebbi sont idéals ; randonneur habitué aux longues distances, 4 à 6 jours dans l’Erg Chigaga vous offriront une véritable itinérance nomade. Gardez en tête qu’un jour de marge (sans trajet retour) est toujours utile en cas de fatigue ou de conditions climatiques difficiles.
Périodes de franchissement des cordons dunaires orientés nord-sud
La plupart des cordons de dunes dans les ergs marocains sont orientés globalement nord-sud, façonnés par les vents dominants. En pratique, cela signifie que vos franchissements est-ouest alternent montées raides et descentes instables, particulièrement éprouvantes aux heures chaudes. Pour optimiser votre randonnée dans les dunes, l’astuce consiste à caler les franchissements principaux tôt le matin ou en fin d’après-midi.
Entre octobre et avril, la lumière est plus douce et les températures restent supportables pour ces efforts intenses. Le sable, encore frais au petit matin, offre une meilleure portance, ce qui réduit l’enfoncement à chaque pas. En revanche, entre 11h et 16h, surtout à partir de mars, la chaleur cumulée rend les ascensions bien plus fatigantes et augmente le risque de déshydratation. De nombreux guides organisent donc la journée autour de deux créneaux d’activité : 7h-11h puis 16h-19h, avec une longue pause à l’ombre à la mi-journée.
Sur les longues traversées, il peut être judicieux de suivre plutôt l’axe des cordons (direction nord-sud) lorsqu’il fait très chaud, en évitant de multiplier les montées/descentes perpendiculaires. Vous économiserez ainsi vos quadriceps et préserverez vos réserves hydriques. Rappelez-vous : dans le désert, le temps se gère autant que la distance, et choisir quand franchir les dunes est aussi stratégique que choisir votre itinéraire.
Équipement technique adapté aux contraintes du terrain sablonneux
Chaussures de trail avec guêtres anti-sable pour les ascensions
Le choix des chaussures conditionne en grande partie le confort de votre randonnée dans les dunes marocaines. Sur un substrat meuble, les chaussures de trail légères et respirantes offrent un excellent compromis entre accroche, souplesse et évacuation de la chaleur. Contrairement à une grosse chaussure de montagne, elles laissent votre cheville libre, ce qui améliore la stabilité dans le sable mou et réduit la fatigue musculaire.
Le principal ennemi reste le sable qui s’infiltre par la tige et finit par provoquer frottements et ampoules. Pour limiter ce problème, l’ajout de guêtres anti-sable, hautes ou basses, est fortement recommandé. Elles se fixent généralement sur un crochet avant et un système auto-agrippant au talon, créant une sorte de “joint” autour de la chaussure. Certaines marques proposent des modèles spécifiques désert avec tige montante et pare-sable intégré, particulièrement adaptés aux treks de plusieurs jours.
Avant votre départ, testez impérativement votre combo chaussures + guêtres sur une sortie d’au moins 3 heures, idéalement sur sable ou terrain meuble (plage, dunes côtières, terrain forestier sablonneux). Cela vous permettra d’ajuster le laçage, de vérifier l’absence de points de pression et de repérer d’éventuelles entrées de sable par le mesh ou la languette.
Systèmes d’hydratation : poches à eau CamelBak vs gourdes isothermes
La gestion de l’hydratation est un enjeu majeur lors d’une randonnée dans le désert marocain. Deux systèmes dominent : la poche à eau type CamelBak, intégrée au sac, et les gourdes isothermes rigides. La poche à eau présente l’avantage de favoriser une hydratation fractionnée et régulière grâce au tuyau accessible en marche. Vous buvez “en continu”, sans devoir arrêter le groupe, ce qui limite la déshydratation insidieuse.
Son principal inconvénient réside dans la sensibilité à la chaleur : si la poche est exposée directement au soleil, l’eau peut rapidement devenir tiède voire chaude. Pour limiter ce phénomène, placez-la au plus près de votre dos, entre deux couches d’équipement, et protégez le tuyau avec une gaine isolante. Vérifiez aussi régulièrement l’état de la valve, car le sable peut parfois s’y infiltrer et en bloquer le débit.
Les gourdes isothermes, en aluminium ou en acier inoxydable, conservent mieux la fraîcheur de l’eau, surtout si vous les remplissez le matin avec une eau légèrement refroidie. Elles sont aussi plus simples à nettoyer et moins sensibles aux microfissures. L’idéal, pour un trek de plusieurs jours, est souvent une combinaison des deux : une poche à eau de 2 à 3 litres pour la marche, complétée par une gourde de 1 litre en réserve “fraîche” au fond du sac, utilisée lors des pauses ou en fin de journée.
Protection solaire textile : indice UPF50+ et tissus respirants
Dans le désert, la première barrière contre le soleil n’est pas la crème, mais le textile. Opter pour des vêtements à indice de protection UPF50+ permet de bloquer plus de 98 % des rayons UV, tout en limitant le recours à la crème solaire (qui attire le sable et doit être réappliquée fréquemment). Privilégiez des chemises à manches longues, légères, de couleur claire, avec ventilation dorsale et col montant, ainsi que des pantalons respirants à séchage rapide.
Un chèche ou un buff long reste l’accessoire le plus polyvalent pour une randonnée dans les dunes marocaines : il protège la nuque, le cou, parfois le visage en cas de vent de sable, et peut faire office d’oreiller la nuit. Complétez-le par un chapeau à large bord ou une casquette saharienne avec protège-nuque. Pensez aussi aux gants légers pour éviter les coups de soleil sur le dos des mains, fréquents lorsqu’on tient des bâtons de randonnée.
Les tissus techniques modernes, inspirés des tenues des peuples désertiques, favorisent la circulation de l’air tout en créant une couche d’ombre au contact de la peau. À l’inverse, évitez les t-shirts en coton épais : ils gardent l’humidité, collent à la peau et augmentent la sensation de chaleur. Gardez en tête que dans le Sahara, être “couverts mais au frais” est bien plus efficace que d’exposer sa peau pour “prendre l’air”.
Bâtons de randonnée télescopiques avec rondelles larges
Sur le sable, les bâtons de randonnée deviennent de véritables “quatre pattes” pour répartir l’effort et soulager les articulations. Choisissez des modèles télescopiques légers (aluminium ou carbone) équipés de rondelles larges, spécialement conçues pour les terrains meubles. Ces rondelles augmentent la surface d’appui et empêchent les bâtons de s’enfoncer profondément, un peu comme les raquettes le font sur la neige.
En montée, les bâtons vous aident à pousser le corps vers l’avant, limitant le travail des quadriceps et des mollets. En descente, ils jouent un rôle de stabilisateur, réduisant le risque de glissades dans les pentes à 30-40° fréquentes dans l’Erg Chebbi et l’Erg Chigaga. Veillez simplement à régler leur longueur légèrement plus courte qu’en montagne, car le sable vous fait naturellement fléchir les genoux.
Si vous n’avez pas l’habitude d’utiliser des bâtons, entraînez-vous avant le départ pour intégrer leur gestuelle à votre foulée. Une mauvaise coordination peut au contraire augmenter la fatigue. Mais bien maîtrisés, les bâtons deviennent une aide précieuse, surtout sur les longues étapes de 15 à 20 km dans les ergs marocains.
Préparation physique spécifique à la marche sur substrat meuble
Renforcement musculaire des mollets et quadriceps
Marcher dans le sable profond sollicite intensément les chaînes musculaires inférieures. Les mollets, les quadriceps et les muscles stabilisateurs de la cheville travaillent bien plus que sur un sentier classique. Sans préparation, vous risquez de ressentir des crampes ou une lourdeur importante dès le deuxième jour de votre randonnée dans le désert marocain. L’idée n’est pas de devenir athlète, mais de préparer vos muscles à cet effort spécifique.
Intégrez 2 à 3 séances hebdomadaires de renforcement pendant les 4 à 6 semaines précédant votre départ. Les exercices simples comme les montées sur pointe de pied sur une marche, les squats, les fentes avant et les exercices d’équilibre sur une jambe sont particulièrement efficaces. Vous pouvez par exemple réaliser 3 séries de 15 à 20 répétitions pour chaque exercice, en augmentant progressivement la difficulté.
Si vous avez accès à une plage ou à un terrain sablonneux, quelques sorties de 30 à 45 minutes en marche rapide ou en footing léger sur sable mou seront un excellent entraînement. Vous constaterez rapidement que la dépense énergétique est nettement supérieure à celle d’une sortie sur bitume : c’est un peu comme passer du vélo de route au VTT, le terrain absorbe une partie de vos efforts.
Techniques de foulée économique en montée de pente à 30-40°
Gravir une dune marocaine de 30 à 40° de pente n’a rien à voir avec monter un escalier. Chaque pas s’enfonce et glisse, ce qui peut donner l’impression de “faire du sur-place” si l’on s’y prend mal. Pour économiser votre énergie, adoptez une foulée courte et régulière, en posant le pied à plat plutôt que sur l’avant, afin de répartir la pression sur une surface plus large. Imaginez que vous “caressez” le sable plutôt que de le frapper.
Il est également judicieux de suivre la trace de la personne qui vous précède : le sable y est déjà légèrement compacté, ce qui améliore l’accroche. Sur les crêtes, progressez en diagonale plutôt qu’en ligne droite dans la pente la plus raide, comme vous le feriez sur un névé en montagne. Vous réduisez ainsi le dénivelé direct et limitez le risque de glissades.
En descente, laissez le talon s’enfoncer légèrement en contrôlant le mouvement avec les quadriceps, un peu comme si vous skiiez dans une poudreuse légère. Les bâtons de randonnée, plantés légèrement en avant, servent alors d’amortisseurs. Respirez profondément et régulièrement : dans le désert, la gestion de la respiration est aussi importante que celle de la foulée, car l’effort en montée peut rapidement faire grimper le rythme cardiaque.
Acclimatation progressive à la chaleur et gestion de l’effort cardiaque
La chaleur est l’un des principaux défis d’une randonnée dans les dunes marocaines. Même en saison “fraîche”, la température peut dépasser 30 °C en milieu de journée. Une acclimatation progressive, sur 3 à 5 jours si possible, permet de réduire les risques de coup de chaleur et d’insolation. Si vous vivez dans une région tempérée, commencez par augmenter légèrement l’intensité et la durée de vos sorties, en marchant avec un sac à dos lors des heures les plus chaudes de la journée (tout en restant prudent).
Sur place, acceptez l’idée de ralentir. Votre fréquence cardiaque sera naturellement plus élevée qu’en climat frais pour un effort similaire. Utiliser une montre cardiofréquencemètre peut être utile pour rester dans une zone d’effort modérée (60 à 75 % de votre fréquence cardiaque maximale) pendant les longues étapes. Si vous sentez votre cœur s’emballer, que votre souffle devient court ou que vous avez des vertiges, réduisez immédiatement le rythme et mettez-vous à l’ombre.
Pensez aussi à adapter votre tenue : ouvrir légèrement le col, mouiller le chèche ou la casquette si de l’eau est disponible, et multiplier les micro-pauses à l’ombre des rares acacias ou tamaris. Dans le désert, marcher plus lentement mais plus longtemps est souvent la clé pour arriver au bivouac en bon état, plutôt que d’alterner efforts intenses et épuisement.
Gestion des risques climatiques et environnementaux du sahara
Anticiper les tempêtes de sable et le phénomène du chergui
Les tempêtes de sable font partie des risques majeurs du Sahara marocain. Elles peuvent survenir brusquement, surtout au printemps, lorsqu’un vent chaud et sec appelé chergui se lève. Ce vent, venant de l’est ou du sud-est, peut atteindre 80 km/h et soulever de grandes quantités de sable, réduisant la visibilité à quelques mètres. D’où l’importance de consulter systématiquement les prévisions météo locales et de suivre les recommandations de votre guide.
Comment reconnaître les signes avant-coureurs ? Un assombrissement progressif de l’horizon, une ligne brunâtre qui monte dans le ciel, une augmentation soudaine des rafales de vent et une sensation de chaleur étouffante sont des indicateurs typiques. Si ces signaux apparaissent, il est préférable de stopper la progression, de sécuriser le camp (tentes, bâches, matériel léger) et de se protéger le visage.
En pratique, un chèche bien ajusté sur le nez et la bouche, associé à des lunettes de soleil enveloppantes, suffit souvent à passer le gros de la tempête en relative sécurité. Restez accroupi ou allongé près d’un relief (dune, véhicule, campement) pour limiter l’exposition directe. Une tempête de sable dure rarement plus de quelques heures, mais elle peut désorienter : d’où l’intérêt d’avoir balisé votre environnement immédiat (waypoints GPS, repères visuels) avant qu’elle ne se déclenche.
Prévention de l’hyperthermie et reconnaissance des symptômes d’insolation
L’hyperthermie et l’insolation sont des urgences médicales dans le désert. Elles surviennent lorsque le corps n’arrive plus à évacuer la chaleur accumulée, en raison d’une exposition prolongée au soleil, d’une hydratation insuffisante ou d’un effort trop intense. Les premiers signes sont souvent discrets : maux de tête, nausées, sensation de grande fatigue, vertiges, crampes musculaires. Ignorés, ils peuvent évoluer vers une confusion mentale, une peau chaude et sèche, voire une perte de connaissance.
Pour prévenir ces situations, adoptez une stratégie “3P” : Protéger (vêtements couvrants, chapeau, crème solaire), Planifier (éviter les efforts intenses en milieu de journée, organiser des siestes à l’ombre) et Prévoir (réserves d’eau suffisantes, sels minéraux, ombre artificielle type tarp ou bâche). Une règle simple consiste à surveiller la couleur de vos urines : si elles deviennent foncées, vous manquez déjà d’eau.
En cas de suspicion d’insolation, mettez immédiatement la personne à l’ombre, allongée, légèrement surélevée si elle est consciente. Rafraîchissez le corps en mouillant les vêtements ou en appliquant des linges humides sur le front, la nuque et les aisselles. Faites boire par petites gorgées si l’état de conscience le permet, et interrompez toute activité physique jusqu’au retour à un état normal. Dans les treks encadrés, le guide dispose généralement d’une trousse de premiers secours et d’une procédure d’évacuation si l’état ne s’améliore pas.
Orientation nocturne avec la constellation de la grande ourse
La nuit dans le désert marocain est un spectacle à part entière. Sous un ciel sans pollution lumineuse, la voûte céleste devient un outil d’orientation précieux, surtout en cas de défaillance du GPS ou de perte de repères. La constellation de la Grande Ourse (ou Grande Casserole) est l’un des marqueurs les plus faciles à repérer dans l’hémisphère nord. Deux de ses étoiles forment une ligne qui pointe vers l’étoile Polaire, quasiment alignée avec le nord géographique.
Apprendre à localiser la Grande Ourse avant votre départ peut vous servir de “boussole céleste” de secours. Une fois l’étoile Polaire identifiée, vous savez que derrière vous se trouve le sud, à votre droite l’est et à votre gauche l’ouest. Bien sûr, cette méthode n’a pas la précision d’un GPS, mais elle peut vous aider à conserver une orientation générale en attendant le lever du jour ou le retour des repères terrestres.
Les guides berbères combinent souvent cette lecture du ciel avec des repères au sol (lignes de dunes, direction des oueds, silhouettes lointaines de djebels). Pour vous, randonneur, la maîtrise de ces repères célestes n’est pas indispensable si vous êtes encadré, mais elle apporte une couche supplémentaire de sécurité et enrichit la compréhension de cet environnement saharien millénaire.
Protocole d’urgence et points de ralliement avec les nomades berbères
Partir en autonomie complète dans le désert marocain reste réservé aux experts. Pour la majorité des randonneurs, l’encadrement par une agence locale garantit non seulement la logistique, mais aussi un protocole d’urgence en cas de problème. Avant de partir, assurez-vous que votre guide dispose d’un moyen de communication fiable (téléphone satellite ou radio), surtout si vous vous éloignez des zones couvertes par le réseau GSM.
Les nomades berbères qui vivent ou transhument encore dans ces régions constituent un maillage informel de “points de ralliement”. Les puits, les campements saisonniers, certains arbres isolés ou marabouts (tombeaux de saints) sont autant de repères partagés. En cas de difficulté, les guides savent vers qui se tourner pour obtenir de l’eau, de l’aide ou un relai de communication. C’est une forme d’entraide ancestrale, toujours très active aujourd’hui.
De votre côté, mémorisez le protocole convenu avec votre guide : que faire si vous vous égarez quelques minutes, si quelqu’un se blesse ou si une tempête de sable vous désoriente ? Un simple principe peut sauver des situations : en cas de perte de vue du groupe, arrêtez-vous, mettez-vous en position visible (sur une petite hauteur, avec une couleur vive) et attendez que le guide revienne vers vous. Chercher à “rattraper” le groupe seul est souvent la pire des options.
Logistique d’approvisionnement et bivouac en milieu désertique
Calcul des besoins hydriques : 4 à 6 litres par personne et par jour
La question “combien d’eau emporter ?” revient systématiquement lorsqu’on prépare une randonnée dans les dunes marocaines. En moyenne, il faut compter entre 4 et 6 litres par personne et par jour, en fonction de la saison, de votre gabarit et de l’intensité de l’effort. Une règle souvent utilisée dans le désert est la suivante : 0,5 à 0,7 litre par heure de marche active, plus 1 à 1,5 litre pour le reste de la journée (repas, hydratation “passive”, nuit).
Sur un trek encadré, l’agence gère généralement le portage de l’eau via des jerricans transportés par 4×4 ou dromadaires. Vous n’avez alors à porter que votre réserve journalière, soit 2 à 3 litres dans votre sac. En autonomie, la donne est très différente : à 1 kg par litre, transporter 10 à 15 litres pour plusieurs jours devient vite un casse-tête logistique. D’où l’importance d’identifier précisément les points d’eau fiables (puits, villages, camps) et d’intégrer ces contraintes à votre itinéraire.
Pour optimiser vos réserves, pensez aussi à la qualité de l’eau : pastilles de purification, filtres portables, gourdes filtrantes permettent d’utiliser des sources dont la potabilité n’est pas garantie. Évitez les boissons déshydratantes (alcool, sodas très sucrés) et privilégiez l’eau, éventuellement enrichie en sels minéraux. Une légère salinité aide à mieux retenir l’eau dans l’organisme, ce qui est précieux dans un climat aussi sec.
Nutrition énergétique haute densité calorique pour l’endurance
Même si l’appétit diminue souvent avec la chaleur, votre corps brûle beaucoup de calories lors d’un trek dans le désert. La marche sur sable, le portage, la régulation thermique… tout cela peut facilement représenter 2500 à 3500 kcal par jour pour un adulte. L’objectif est donc d’emporter des aliments à haute densité calorique, faciles à digérer et ne nécessitant pas de chaîne du froid.
Les fruits secs (dattes, figues, abricots), les oléagineux (amandes, noix de cajou), les barres énergétiques, le chocolat noir ou encore les biscuits secs sont des classiques. Ils se conservent bien et se grignotent facilement en marchant. Pour les repas principaux, les semoules, lentilles, pâtes fines ou riz précuit constituent une base intéressante, complétée par des conserves légères (thon, sardines, maquereau) ou des préparations lyophilisées.
Dans les treks organisés, les cuisiniers berbères excellent à transformer ces ingrédients simples en plats savoureux : tajines, soupes, salades fraîches lorsque l’eau le permet. N’hésitez pas à préciser vos éventuelles contraintes alimentaires (végétarien, sans gluten, etc.) bien avant le départ. Votre énergie dépendra en grande partie de cette logistique alimentaire, tout autant que de votre entraînement physique.
Techniques de campement face aux vents dominants d’est
Planter son bivouac dans le désert marocain ne s’improvise pas. Les vents dominants, souvent orientés d’est ou de nord-est selon la saison, sculptent les dunes et peuvent rendre une nuit très inconfortable si la tente est mal positionnée. La première étape consiste à lire le relief : privilégiez les zones en “creux” au pied des dunes ou derrière une petite bosse sableuse, qui joueront le rôle de brise-vent naturel.
Orientez la tente de manière à présenter sa face la plus étroite au vent dominant, réduisant ainsi la prise au vent et les risques d’arrachement. Les piquets classiques s’ancrent mal dans le sable : remplacez-les par des “sardines neige/sable” plus larges, ou enterrez des sacs remplis de sable en guise d’ancrage. Les haubans doivent être bien tendus, car le tissu de la tente se détend avec la fraîcheur nocturne.
Pour limiter l’intrusion de sable à l’intérieur, creusez éventuellement une légère tranchée autour de l’abside, et veillez à toujours fermer les ouvertures avant de partir explorer les dunes. Beaucoup de randonneurs choisissent aussi de dormir à la belle étoile, simplement protégés par un drap ou un sursac, en profitant de l’abri relatif d’une petite dépression sableuse. Dans tous les cas, gardez vos affaires essentielles (eau, lampe, chaussures) à portée de main : une rafale nocturne peut rapidement déplacer des quantités surprenantes de sable.
Encadrement professionnel et services de guidage à zagora
Zagora, souvent surnommée “la porte du désert”, est un point de départ stratégique pour organiser une randonnée dans les dunes marocaines, notamment vers la vallée du Drâa, l’Erg Chigaga et les plateaux du Djebel Bani. De nombreuses agences locales et nationales y ont établi leurs bases logistiques, proposant des treks de 2 à 10 jours, avec différents niveaux de confort (bivouac rustique, camp fixe aménagé, combiné randonnées/4×4).
Passer par un encadrement professionnel présente plusieurs avantages : gestion de l’eau et de la nourriture, choix d’itinéraires adaptés à votre niveau, prise en compte de la météo, et surtout sécurité en cas d’imprévu. Les guides de Zagora, souvent originaires des tribus berbères de la région, connaissent les moindres variations de terrain, les puits fiables, les campements nomades et les passages les plus sûrs pour franchir les cordons de dunes.
Lors de la sélection de votre agence, posez des questions précises : taille des groupes, expérience du guide principal, équipement fourni (tentes, matelas, sacs de couchage), moyens de communication disponibles, gestion des déchets, politique de respect des populations locales. Un bon prestataire est transparent sur ces points et n’hésite pas à adapter le programme en fonction de vos contraintes (enfants, niveau sportif, allergies alimentaires…).
Enfin, rappelez-vous qu’au-delà de l’aspect technique, un guide local est aussi un passeur de culture. Il vous fera découvrir les légendes sahariennes, le mode de vie nomade, les techniques ancestrales d’orientation et de survie. C’est souvent cette dimension humaine, autant que la beauté brute des ergs marocains, qui fait d’une randonnée dans les dunes marocaines une expérience véritablement inoubliable.
