Le patrimoine musical marocain représente un véritable carrefour civilisationnel où se rencontrent les traditions berbères millénaires, l’héritage arabo-andalou et les influences subsahariennes. Cette richesse instrumentale exceptionnelle témoigne d’une identité culturelle complexe, forgée par des siècles d’échanges entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Chaque instrument raconte une histoire particulière, portant en lui les secrets de techniques artisanales transmises de génération en génération. Les sonorités uniques qui émergent de ces créations artisanales continuent de résonner dans les médinas, les montagnes de l’Atlas et les plaines atlantiques, constituant l’âme musicale d’une nation aux multiples facettes.
Instruments à percussion du patrimoine musical marocain
Les percussions occupent une place centrale dans l’univers musical marocain, constituant l’épine dorsale rythmique de nombreuses traditions musicales. Ces instruments, façonnés selon des techniques ancestrales, reflètent la diversité géographique et culturelle du royaume chérifien. Leur fabrication artisanale nécessite un savoir-faire spécialisé qui se transmet jalousement au sein des familles d’artisans.
Bendir et ses techniques de frappe traditionnelles
Le bendir représente l’instrument à percussion le plus emblématique du Maroc, reconnaissable à sa membrane tendue sur un cadre circulaire en bois. Sa particularité réside dans les cordes de boyau tendues sous la peau, créant un effet de résonance vibratoire caractéristique. Les artisans utilisent principalement du bois de noyer ou de hêtre pour le cadre, tandis que la peau de chèvre ou de mouton constitue la membrane principale.
Les techniques de frappe du bendir varient considérablement selon les régions et les styles musicaux. La méthode traditionnelle implique l’utilisation des doigts, de la paume et du poignet pour créer différentes sonorités. Cette polyvalence technique permet aux musiciens d’obtenir des timbres graves avec la paume au centre, des sons secs avec les doigts sur les bords, et des effets de roulement caractéristiques des rythmes soufis.
Darbouka et variations régionales de fès à marrakech
La darbouka marocaine se distingue de ses cousines orientales par sa forme plus élancée et sa sonorité plus cristalline. Traditionnellement façonnée en terre cuite, elle peut également être confectionnée en métal ou en bois selon les régions. Les variations morphologiques entre le nord et le sud du pays révèlent des influences culturelles distinctes : les darboukas de Fès présentent souvent des motifs géométriques finement gravés, tandis que celles de Marrakech arborent des décorations plus sobres.
L’accordage de la darbouka constitue un art en soi, nécessitant une tension parfaite de la peau pour obtenir le timbre désiré. Les musiciens professionnels maîtrisent différentes techniques de frappe, depuis les dum graves produits au centre jusqu’aux tak aigus obtenus sur les bords. Cette versatilité fait de la darbouka un instrument incontournable dans la musique chaâbi et les formations de mariage.
Qraqeb métalliques dans les rituels gnawa
Les qraqeb, également appelées crotales ou castagnettes métalliques, constituent l’instrument rythmique essentiel de la musique gnawa. Ces plaques de fer forgé, génér
généralement façonnées par paires, produisent un son métallique puissant et répétitif qui structure la pulsation des cérémonies. Leur poids et leur ergonomie sont pensés pour permettre des jeux complexes, alternant frappes sèches et résonances prolongées. Dans les rituels de transe lila, les qraqeb créent un tapis rythmique hypnotique sur lequel viennent se poser le sintir et les voix du maître gnawa et de son groupe.
La technique de jeu repose sur un balancement constant des deux mains, qui rappelle le mouvement d’un balancier d’horloge : régulier, précis, presque inexorable. Les musiciens expérimentés exploitent différentes dynamiques, du murmure métallique aux explosions sonores, pour accompagner la montée en intensité du rituel. Pour qui assiste pour la première fois à une cérémonie gnawa, ce martèlement continu peut sembler austère, mais il devient rapidement une véritable signature sonore de la musique traditionnelle marocaine.
Taarija et son rôle dans la musique chaâbi
La taarija est un petit tambour en forme de gobelet, souvent confectionné en terre cuite ou en bois, recouvert d’une peau animale tendue. Légère et facilement transportable, elle est très répandue dans les fêtes familiales, les moussem et les rassemblements populaires. On la retrouve fréquemment dans la musique chaâbi, où elle apporte des accents rythmiques vifs et festifs. Sa taille réduite permet une grande agilité de jeu, idéale pour suivre les variations de tempo typiques du répertoire populaire.
La technique de frappe de la taarija combine coups secs du bout des doigts et frappes plus pleines de la paume, créant un contraste entre sons graves et claqués. Dans de nombreuses régions, on l’associe à la voix des femmes, qui l’utilisent pour accompagner les youyous et les chants improvisés lors des mariages. Elle joue ainsi un rôle social fort : elle marque les moments-clés de la célébration, soutient la danse et encourage la participation de toute l’assemblée. Vous avez déjà assisté à un mariage marocain ? Il y a fort à parier que le rythme enjoué de la taarija en faisait partie.
Instruments à cordes ancestraux du royaume chérifien
Si les percussions structurent la pulsation de la musique marocaine, les instruments à cordes en portent la mélodie et l’émotion. Du salon raffiné de la musique arabo-andalouse aux places publiques animées, ces instruments racontent l’évolution historique du royaume. Leur lutherie, souvent réalisée en bois de thuya, de noyer ou de cèdre, perpétue des gestes plusieurs fois centenaires. Chaque détail – choix de l’essence, épaisseur de la caisse, type de cordes – influence la couleur sonore, à la manière d’un parfumeur ajustant ses essences pour créer une fragrance unique.
Oud arabo-andalou et lutherie de tétouan
L’oud, parfois surnommé le « roi des instruments arabes », occupe une place de choix dans la musique arabo-andalouse pratiquée à Tétouan, Fès ou Chefchaouen. Cet instrument à cordes pincées, à la caisse en forme de poire, se caractérise par un timbre chaud et profond. Les luthiers de Tétouan sont réputés pour la finesse de leur travail, combinant bois de noyer, de palissandre ou de thuya, avec des incrustations de nacre et des rosaces finement ajourées. La table d’harmonie en épicéa ou cèdre, minutieusement calibrée, conditionne la projection sonore.
Le jeu de l’oud repose sur l’utilisation d’un plectre, traditionnellement en plume d’aigle, aujourd’hui souvent remplacé par des matériaux synthétiques. Les musiciens marient des gammes modales complexes (maqâmât) et des ornementations raffinées, donnant à chaque interprétation un caractère presque improvisé. Pour un auditeur non initié, ces mélodies peuvent évoquer un dialogue intime, comme si l’instrument murmurait des poèmes anciens. Dans la musique marocaine contemporaine, de plus en plus d’artistes intègrent l’oud à des fusions jazz, rock ou même électroniques, contribuant à renouveler son image tout en préservant ses racines.
Sintir gnawa et accordage pentatonique spécifique
Le sintir – appelé aussi guembri dans le langage courant gnawa – est un luth-basse à trois cordes, au cœur de la tradition gnawa. Sa caisse, creusée dans un bloc de bois (souvent du thuya) et recouverte de peau de chameau ou de chèvre, produit un son grave et percussif. L’accordage du sintir est généralement pentatonique, c’est-à-dire basé sur une échelle de cinq notes, ce qui lui confère cette couleur modale très reconnaissable qui rappelle parfois le blues africain. Ce choix d’accordage n’est pas anodin : il facilite les cycles répétitifs et hypnotiques des cérémonies de transe.
Le maître gnawa tire et frappe les cordes à l’aide de ses doigts, transformant l’instrument en une sorte de bassiste et percussionniste à la fois. Les cordes, autrefois en boyau, sont aujourd’hui fréquemment en nylon épais, ce qui améliore la stabilité de l’accord. Sur le plan symbolique, le sintir est considéré comme un médiateur entre le monde visible et l’invisible, guidant les participants de la cérémonie au fil des mlouk (entités spirituelles). N’est-ce pas fascinant de voir comment un « simple » instrument de musique devient un véritable vecteur de guérison symbolique et de cohésion communautaire ?
Rebab à archet dans le répertoire malhoun
Le rebab est un instrument à archet à une ou deux cordes, présent dans de nombreuses cultures du monde islamique, mais qui a développé au Maroc des spécificités propres. Dans le répertoire du malhoun – poésie chantée née dans les médinas et les confréries – le rebab occupe une place centrale. Sa caisse de résonance, souvent en bois recouvert de peau, et son manche long créent un timbre nasillard, presque vocal. Cette proximité avec la voix humaine en fait l’accompagnateur idéal des récits poétiques et des improvisations prosodiques.
La technique de jeu du rebab repose sur un archet tendu de crin de cheval, que le musicien manie avec une grande précision pour moduler intensité et hauteur. Les glissandi, ces glissements continus entre deux notes, rappellent les inflexions de la déclamation poétique arabe. Dans de nombreuses halqa (cercles de conteurs) et cafés littéraires, rebab et voix se répondent dans un dialogue serré, comme deux conteurs qui se relancent. Pour qui s’intéresse à la poésie marocaine, comprendre le rôle du rebab dans le malhoun est une clé essentielle pour saisir l’âme de ce patrimoine immatériel.
Guembri et résonance des caisses en carapace de tortue
Avant la généralisation du sintir en bois massif, certaines formes anciennes de guembri ou de petites lyres utilisaient des carapaces de tortue comme caisse de résonance. Ce procédé, attesté dans plusieurs régions d’Afrique du Nord et du Sahel, donnait à l’instrument une sonorité particulière, plus sèche et concentrée. Au Maroc, quelques artisans perpétuent encore, de manière très marginale et dans le respect des réglementations actuelles sur la faune, ce type de fabrication pour des pièces de collection ou de reconstitution historique. La carapace, naturellement bombée, fonctionne comme une petite enceinte acoustique naturelle.
Sur le plan acoustique, la densité de la carapace permet une bonne projection sonore malgré la taille réduite de l’instrument. Sur le plan symbolique, l’animal, associé à la longévité et à la sagesse dans de nombreuses cultures, renforce la dimension rituelle de l’instrument. Aujourd’hui, la plupart des guembris marocains sont fabriqués en bois, mais la référence aux anciennes caisses en carapace de tortue persiste dans les récits des maîtres musiciens. Comme souvent dans le patrimoine musical marocain, l’histoire matérielle de l’instrument se mêle à un imaginaire riche, où chaque détail renvoie à un monde de symboles et de mémoires partagées.
Instruments à vent et techniques respiratoires spécialisées
Les instruments à vent occupent une place particulière dans la musique traditionnelle marocaine : leurs timbres perçants ou mélancoliques accompagnent aussi bien les processions religieuses que les danses villageoises. Leur maîtrise exige un contrôle précis de la respiration, parfois comparable à celui des pratiques méditatives. Entre le souffle continu, la gestion de la pression d’air et le jeu sur les harmoniques, les musiciens développent au fil des années une véritable « discipline du souffle ». Ces instruments traduisent, à leur manière, le lien intime entre corps, espace et spiritualité dans la culture marocaine.
Ney en roseau et embouchure oblique traditionnelle
Le ney est une flûte oblique en roseau, très présente dans les traditions soufies et la musique savante de l’aire arabo-persane. Au Maroc, on la rencontre dans certains ensembles spirituels et dans des répertoires plus intimistes. Le musicien tient le ney en biais et souffle à travers une embouchure légèrement taillée, produisant un son doux, aéré, parfois voilé. Le choix du roseau, coupé à des périodes spécifiques de l’année puis séché plusieurs mois, influence fortement la justesse et la chaleur du timbre.
La technique de jeu du ney repose sur un contrôle minutieux de l’attaque de l’air et de la position des lèvres, permettant d’explorer plusieurs registres à partir d’un même doigté. Cette capacité à faire « chanter » différentes hauteurs sur une configuration identique rappelle la complexité des maqâmât utilisés dans la musique marocaine. Pour le spectateur, le ney évoque souvent une voix lointaine, comme un appel au recueillement. Certains musiciens comparent son apprentissage à celui du yoga du souffle : au-delà de la virtuosité, il s’agit d’apprendre à canaliser sa respiration pour exprimer une émotion profonde.
Ghaita double-anche dans les formations aïssawa
La ghaita est un hautbois traditionnel à anche double, au son puissant et perçant, que l’on entend de loin lors des processions, des moussem ou des cortèges de mariage. Dans les formations aïssawa, confrérie soufie très présente à Fès et Meknès, la ghaïta occupe un rôle de « porte-voix » musical, guidant la procession et dialoguant avec les tambours tabl. Sa perce conique, généralement en bois de mûrier ou d’olivier, et sa grande anche fabriquée en roseau lui confèrent une projection sonore remarquable, parfois comparée à celle d’une trompette naturelle.
Jouer de la ghaïta demande une solide technique respiratoire, incluant souvent la respiration circulaire : le musicien inspire par le nez tout en continuant à souffler grâce à l’air stocké dans ses joues. Cette technique permet de produire un son continu, idéal pour accompagner les longues marches ou les séquences répétitives des rituels. Si l’instrument peut paraître agressif à une oreille non habituée, il est, pour les communautés qui le pratiquent, synonyme de joie, d’exaltation et de ferveur. Là encore, l’instrument ne se contente pas de faire de la musique : il façonne l’ambiance sonore de l’espace public marocain.
Zurna des highlands du rif et du moyen atlas
Proche cousine de la ghaïta, la zurna est particulièrement répandue dans les régions montagneuses du Rif et du Moyen Atlas. On la retrouve dans les fêtes villageoises, les souks hebdomadaires et certaines danses collectives amazighes comme l’ahidous. Son timbre est légèrement plus rugueux que celui de la ghaïta, ce qui renforce son caractère rustique et festif. Fabriquée en bois local et munie d’une anche double, la zurna accompagne souvent un ou plusieurs tambours bendir, créant un ensemble compact mais très énergique.
Les musiciens alternent mélodies simples, facilement mémorisables, et ornementations rapides qui excitent la danse et la participation du public. Dans certains villages, le duo « zurna + bendir » est indissociable des grands moments de la vie communautaire : mariage, circoncision, récoltes, moussem. On pourrait comparer ce duo à un système de sonorisation traditionnel, capable de rassembler les habitants sur une place sans aucun amplificateur. Cette fonction sociale du son est au cœur de la compréhension des instruments à vent marocains : ils ne remplissent pas seulement l’espace musical, ils structurent aussi l’espace social.
Rythmes fondamentaux et structures métriques marocaines
Comprendre les instruments de musique traditionnels du Maroc, c’est aussi s’intéresser aux rythmes qui les sous-tendent. Le patrimoine marocain se distingue par une grande variété de cycles rythmiques, allant des mesures simples (2/4, 4/4) aux structures asymétriques plus complexes (5/8, 7/8, 10/8). Ces rythmes forment de véritables « empreintes digitales » musicales, immédiatement reconnaissables pour les initiés. Ils définissent la manière dont percussions, cordes et vents dialoguent entre eux et avec la danse.
Dans la musique chaâbi et les fêtes populaires, les rythmes en 2/4 et 6/8 dominent, favorisant les mouvements de balancier du corps et les battements de mains. À l’inverse, la musique gnawa repose souvent sur des cycles de 12 temps subdivisés, qui créent une impression d’oscillation continue, propice à la transe. La musique arabo-andalouse, quant à elle, utilise des mîzân (cycles métriques) sophistiqués, associant chaque mode musical à un schéma rythmique précis. On peut comparer ces structures à des patrons de tissage : les instruments viennent « broder » leurs motifs mélodiques sur une trame rythmique immuable.
Pour l’auditeur curieux, un bon exercice consiste à écouter un enregistrement traditionnel en se concentrant uniquement sur la pulsation du bendir ou de la darbouka. En repérant où tombent les accents forts et les silences, on commence à décoder la logique interne du rythme. Cette écoute active permet de mieux apprécier le rôle de chaque instrument : la darbouka qui souligne les contretemps, le qraqeb qui martèle le temps, le sintir qui enrobe le tout de ses basses. Ainsi, les instruments de musique traditionnels marocains apparaissent non plus comme des entités isolées, mais comme les pièces d’un système rythmique cohérent.
Transmission orale et écoles musicales traditionnelles
Le savoir lié aux instruments traditionnels marocains s’est longtemps transmis quasi exclusivement par voie orale. De maître à disciple, de parent à enfant, les techniques de fabrication comme les répertoires musicaux se passaient sans partitions ni manuels. Cette transmission reposait sur l’observation, l’imitation et la répétition, à l’image d’un artisanat où l’on apprend en faisant. De nombreux maâlem gnawa, maîtres de musique arabo-andalouse ou chefs de confréries soufies se reconnaissent par une chaîne de filiation qui renvoie à des générations de musiciens.
Depuis une trentaine d’années, on observe cependant l’émergence d’écoles et de conservatoires spécialisés, notamment à Fès, Tétouan ou Rabat, qui structurent l’enseignement des instruments de musique traditionnels du Maroc. Ces institutions combinent méthodes académiques (solfège, analyse, écriture) et apprentissage oral, permettant aux nouvelles générations d’acquérir à la fois rigueur théorique et sensibilité intuitive. Des associations locales organisent également des ateliers pour enfants et adolescents, afin de préserver des pratiques parfois menacées par la domination de la musique mondiale standardisée.
Les festivals jouent un rôle complémentaire dans cette transmission : en offrant une scène à des maîtres-musiciens de renom, ils rendent visible un patrimoine qui risquerait de rester cantonné aux cercles initiés. Vous souhaitez vous initier à la musique gnawa ou au bendir ? Nombre de musiciens proposent désormais des stages et masterclass, y compris en ligne, ouvrant la voie à une nouvelle forme de transmission « glocale », à la fois ancrée dans la tradition et ouverte au monde. Cette dynamique pose toutefois des questions : comment préserver l’authenticité des pratiques tout en les adaptant aux attentes d’un public international ?
Impact socioculturel des instruments dans l’identité berbéro-arabe
Au-delà de leur dimension esthétique, les instruments de musique traditionnels du Maroc participent pleinement à la construction de l’identité berbéro-arabe du pays. Chaque communauté, chaque région, se reconnaît dans certains timbres, certains rythmes, certaines pratiques. Le bendir et l’ahidous évoquent immédiatement les montagnes amazighes, la ghaïta rappelle les cortèges aïssawa, le sintir renvoie aux quartiers gnawa de Marrakech ou Essaouira. Ces instruments fonctionnent comme des marqueurs d’appartenance, comparables à des dialectes musicaux qui racontent l’histoire des peuples qui les jouent.
Dans le Maroc contemporain, marqué par l’urbanisation, les migrations et la mondialisation, ces instruments sont aussi des outils de réaffirmation identitaire. De nombreux jeunes artistes réinvestissent le patrimoine musical pour créer des fusions avec le rock, le hip-hop ou l’électro, donnant naissance à un véritable « son marocain » moderne. Ce mouvement illustre la capacité des traditions à se transformer sans se renier : le même bendir qui accompagnait hier un rituel soufi peut aujourd’hui rythmer un morceau de rap engagé. Ainsi, loin d’être figés dans le passé, les instruments traditionnels sont au cœur des débats sur la culture, la mémoire et la modernité.
Sur le plan social, la pratique collective de la musique – qu’il s’agisse d’un cercle d’ahwach, d’une lila gnawa ou d’une nouba andalouse – renforce les liens communautaires. Elle offre un espace d’expression partagé, où générations et milieux sociaux se rencontrent. Dans un pays aussi pluriel que le Maroc, où coexistent identités amazighe, arabe, hassanie et influences africaines et européennes, la musique agit comme un langage commun. Les instruments deviennent alors bien plus que des objets sonores : ils sont les vecteurs concrets d’un dialogue permanent entre traditions et modernité, entre local et global, entre mémoire et création.
